Extraits du Journal - Printemps 2004






Je vous présente Christina Idziak

Native de cette oasis de verdure qu'est Senneville, la nouvelle conservatrice de l'Arboretum, Christina Idziak, se réjouit de revenir à ses racines après un séjour de cinq ans dans le sud de l'Ontario. Côtoyant l'Arboretum depuis sa naissance il y a 30 ans, Christina a passé la majeure partie de sa vie étudiante au campus Macdonald, où elle obtient en 1996 son baccalauréat en conservation des ressources naturelles, option foresterie environnementale. Deux ans plus tard, elle obtient une maîtrise en conservation forestière à l'Université de Toronto. Son choix de carrière se dessine durant ses études supérieures : elle rêve de travailler à la gestion d'un espace vert en milieu urbain. La voici donc à l'Arboretum, l'endroit tout désigné.

 

De sa tendre enfance, elle garde le souvenir d'une trépidante partie de sucre en famille dans un colossal bâtiment en bois rond. Une visite sur les lieux quelques années plus tard lui révèle une structure de dimensions modestes, le Chalet Pruche.

Elle tient le patronyme Idziak (prononcez idjoc) d'un grand-père polonais. Toute jeune, ses balades dans les ravins derrière la demeure de ses grands-parents et dans les boisés près de sa maison, font naître en elle l'amour des forêts et des arbres. Une autre source d'inspiration importante quant à son choix de carrière, fut le directeur académique de l'Arboretum, Benoît Côté. Il offre la première série de cours en foresterie urbaine alors que Christina étudie sur le Campus.

Ces dernières années, Christina a participé en tant que consultante en foresterie à de nombreux projets auprès de diverses autorités publiques au Québec et en Ontario, travaillant à l'inventaire d'arbres, à l'arpentage et à la cartographie de forêts ainsi qu'à des études en écophysiologie des arbres. À l'Arboretum, elle s'est occupée de la demande de subvention qui a permis d'établir la nouvelle collection de micocouliers située entre les deux stationnements.

En tant que conservatrice, ses tâches principales seront de trouver de nouvelles sources de financement pour l'Arboretum, de gérer les collections d'arbres et de coordonner une variété d'activités d'enseignement et de recherche. Son premier projet consiste à assembler un guide décrivant les spécimens des collections. Ce document sera mis à la disposition des visiteurs cet automne.

Finalement, sachez que Christina aime grimper aux arbres. Alors, si au cours d'une promenade dans nos bois vous voyez un drôle de spécimen juché dans un arbre, dites-vous que c'est sans doute la nouvelle conservatrice.

Christina, on te souhaite beaucoup de succès dans l'exercice de tes nouvelles fonctions. Tu peux compter sur notre appui et notre collaboration.





L'érable de Norvège

Par une magnifique journée, l'année dernière, comme je passais dans le Coin des érables le long du Chemin central, j'ai remarqué une multitude de petits érables de Norvège (Acer platanoides L.) dans une forêt principalement constituée d'érables à sucre. Ces arbrisseaux provenaient probablement des érables de Norvège qui ont été plantés dans ce secteur il y a près de 50 ans. " Et alors? ", me direz-vous. Dans une forêt, une nouvelle essence n'est-elle pas un atout? À prime abord, il peut sembler que la biodiversité serait accrue, ce qui est excellent en soi, mais il semble que cela ne soit pas le cas, à la lumière des observations faites en Ontario, aux États-Unis et ici même, à Montréal.

Avant tout, je vous décrirai brièvement l'érable de Norvège. Comme son nom l'indique, cet arbre vient de la Norvège. Sa couronne présente un feuillage dense dont la couleur varie du rouge-pourpre (Crimson King) au vert profond (Emerald Queen) en passant par le panaché vert et blanc (Drummondii). Cet arbre s'accommode très bien des conditions difficiles de la ville. La fière allure de l'érable de Norvège en fait un arbre de choix dans bon nombre de pépinières du Québec. Toutefois, les chercheurs le considèrent comme une essence invasive, car il colonise rapidement un habitat donné et ses exigences perturbent le milieu écologique des populations indigènes.

Revenons à la biodiversité. L'érable de Norvège a été introduit à Toronto, plus particulièrement dans ses ravins, peu après l'arrivée des premiers Européens, soit directement par plantation, soit indirectement en provenance des terrains avoisinants. Il y a une vingtaine d'années, on a observé que ces érables avaient pris la place de la plupart des essences indigènes à cause de l'ombre intense produite par sa canopée dense, qui interdit la croissance de presque toute végétation. Résultat, la forêt des ravins se compose désormais surtout d'érables de Norvège, grands et petits, et de sol nu. La pénurie de végétation sur le sol de la forêt a entraîné de graves problèmes d'érosion sur les pentes escarpées. Depuis 1994, le service de foresterie urbaine de Toronto a pris des mesures pour réhabiliter la végétation de ses ravins. Beth McEwen, coordonnatrice de la foresterie urbaine au service des parcs et des loisirs de la ville de Toronto, révèle que le plan de gestion proactive de la forêt de la ville comprend l'élimination stratégique des érables de Norvège et leur remplacement par des essences indigènes.

Un problème similaire a été découvert sur le Mont Royal. Des érables de Norvège y ont été plantés, il y a environ 50 ans (à la même époque qu'à l'Arboretum), par suite de l'éclaircissement du sous-étage de la montagne au cours des années 1930. En bien des endroits, on voit maintenant les traces de la régénération de cette essence non indigène. Le service des parcs de la ville de Montréal a réagi en éliminant les érables de Norvège des zones pentues et en les remplaçant par des arbres et arbustes indigènes, tels le chêne blanc et la ronce odorante.

Bien que l'augmentation potentielle du nombre d'érables de Norvège ne pose pas de problème d'érosion à l'Arboretum, elle n'en demeure pas moins préoccupante. Pierre-Émile Rocray, ingénier forestier à la ville de Montréal, soutient qu'il est extrêmement important de conserver des secteurs d'érables à sucre en ville, car cet arbre est incapable de survivre dans la plupart des conditions urbaines à cause de sa vulnérabilité à la pollution et aux perturbations (comme la compaction du sol et la coupe des racines). Situé à moins d'une demi-heure de route du centre-ville de Montréal, l'Arboretum possède de magnifiques érables à sucre.

Un sondage effectué en 2002 auprès des membres de l'AAM a révélé que la plupart des répondants appuieraient fortement les travaux de conservation des forêts et de protection des essences indigènes. En réponse à ces résultats, j'évaluerai les enjeux liés à une invasion potentielle de l'érable de Norvège dans l'Arboretum. De plus, mon premier geste en tant que conservatrice sera d'éliminer graduellement la vente d'érables de Norvège dans le cadre de notre vente annuelle du printemps. Comme on sait que l'érable de Norvège envahit les forêts de feuillus en générant un nombre relativement élevé de pousses qui tolèrent bien l'ombre (soyez à l'affût de ces pousses dans vos jardins et sur vos pelouses...), les arbres plantés le long des rues et sur les parterres à proximité des forêts naturelles représentent une menace potentielle pour nos essences forestières indigènes. L'un des objectifs de l'Arboretum étant de protéger nos essences indigènes, il faut cesser de vendre l'érable de Norvège.

Ouvrez l'œil pour en savoir davantage au sujet de cette étude sur l'érable de Norvège. Si vous avez des questions, appelez-moi au (514) 398-7811.

Christina Idziak




Se familiariser avec les oiseaux de l'Arboretum Morgan

par Mark Dennis

En janvier dernier, j'ai séjourné une semaine au Québec pour passer des entrevues d'emploi. Ma femme et moi en avons profité pour visiter l'Arboretum Morgan. Or, les oiseaux se faisaient rares car le thermomètre indiquait ?28 oC. Les entrevues s'étant bien passées, nous avons emménagé au Québec en mai. Comme je suis un fervent observateur de la faune et surtout des oiseaux, je fréquente l'Arboretum aussi souvent que possible pour me familiariser avec la faune ailée d'ici. À ce jour, j'ai dénombré près de 80 espèces d'oiseaux résidants ou migrateurs : une vraie joie!

Bien sûr, au début, il m'a fallu explorer l'Arboretum pour découvrir les secteurs les plus propices à l'observation. En Europe, je reconnaissais le chant de presque tous les oiseaux mais, ici, de nombreux chants et cris me sont inconnus et je dois les identifier et les mémoriser. Heureusement, avant de m'installer au Québec, quatre voyages en Amérique du Nord m'avaient permis d'établir une liste me permettant d'identifier à vue environ 470 espèces.

J'ai commencé par parcourir les sentiers les plus fréquentés, où j'ai rencontré plus d'un chien aux pattes boueuses! Les oiseaux haut perchés dans les arbres, surtout les parulines de la canopée, sont difficiles à repérer. Souvent, des oiseaux qui me semblaient très proches restaient invisibles - je pense en particulier à la paruline couronnée et à son trille insistant. Lorsque je me suis rendu compte que cet oiseau ne chantait vraiment que perché à moins de 8 mètres de hauteur, j'ai pu le repérer plus facilement. Au cours de mes premières visites à l'Arboretum, je parcourais de très courtes distances, car je passais beaucoup de temps à essayer d'identifier un chant. Puis, j'ai emprunté d'autres sentiers. Les boisés à maturité abritant une moins grande variété d'espèces, j'ai été ravi de découvrir les haies et les arbustes du secteur est de l'Arboretum.

Le plus excitant pour moi est de repérer une nouvelle espèce. Les champs d'en bas (à l'est du champ des Pullins) sont propices à cela et je ne manque jamais d'y aller. À la fin mai, mon carnet d'observations était déjà bien garni. Un chant qui ressemblait à un bruitage de Star Trek m'a laissé perplexe pendant un certain temps. C'est finalement lors d'une marche à Hudson avec la Société québécoise pour la protection des oiseaux et grâce à Peter Mitchell que ce mystère a été résolu. Quelques semaines plus tard, je pouvais distinguer à l'oreille la plupart des espèces d'oiseaux les plus courantes... jusqu'à l'arrivée des moucherolles. Je ne connaissais que de vue ces oiseaux à l'aspect presque identique mais au chant si différent, les ayant vu passer silencieusement, une fois, au Texas. Puis, grâce aux notes que j'ai prises, j'ai fini par différencier le chant du moucherolle tchébec de celui du moucherolle des aulnes. À la fin mai, j'ai même reconnu un moucherolle à ventre jaune.

Certains oiseaux se déplacent rapidement pour se rendre à leurs aires estivales de reproduction. Le 28 mai, j'ai observé plusieurs parulines, à calotte noire et à flancs marron, mais depuis, je n'en ai plus vu. Des viréos de Philadelphie et de nombreuses parulines à tête cendrée sont également passés par ici.

Vers la mi-juin, ce sont les papillons qui ont attiré mon attention. Quelle abondance d'espèces nouvelles pour moi : le délicat échiquier, le fier papillon tigré du Canada et la vanesse de Virginie, qui ne tient jamais en place. À chaque visite, l'orée des bois et les herbages recelaient une nouveauté pour moi. Puis l'été, période habituellement plus calme pour l'ornithologue, est arrivé. Le passerin indigo semble avoir établi son territoire partout, tandis que le colibri à gorge rubis niche généralement dans les chicots. Lors de ma dernière visite, les pics mineurs nourrissaient leurs jeunes, déjà assez gros. Bientôt, les oiseaux nicheurs septentrionaux s'envoleront vers le sud. J'ai hâte d'admirer les plumages des parulines pendant la saison internuptiale et les autres oiseaux migrateurs de passage à l'Arboretum, cet automne. D'ici là, les papillons m'en mettront plein la vue.

Mes premières visites à l'Arboretum auraient sans doute été beaucoup plus enrichissantes si un ornithologue m'avait accompagné pour m'aider à identifier les chants et cris des oiseaux. Au Royaume-Uni, j'étais conservateur de parc et ma tâche consistait entre autres à offrir des visites guidées. Peut-être qu'un ornithologue d'ici pourrait faire la même chose à l'Arboretum, surtout que l'observation d'oiseaux est, paraît?il, une activité en plein essor au Canada.

Mark Dennis

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