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Extraits du Journal - l'hiver 2004 |
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Ami, Amie de l'Arboretum, L'hiver 2002-2003 en fut un des plus rigoureux. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, il a apporté de bonnes quantités de neige pour nos membres skieurs. Au moment où je vous écris ces mots, il semble que la saison des sucres sera un peu tardive, mais le soleil finira bien par prendre le dessus et faire couler nos érables. C'est d'ailleurs avec impatience que j'attends le printemps pour assumer véritablement mes nouvelles fonctions comme directeur de l'Arboretum. Comme la majorité d'entre vous le savez sûrement, à la réunion annuelle de novembre dernier, les membres ont opté pour transférer l'administration et la direction de l'Arboretum à l'Université McGill. Les quelques mois qui ont suivi ont surtout servi à appliquer graduellement les politiques associées au changement de gouverne. Au cours des semaines et des mois à venir, nous verrons des changements plus significatifs dans le fonctionnement de l'Arboretum. Nous devrions notamment procéder très bientôt à l'embauche d'un conservateur ou d'une conservatrice, qui, espérons-le, saura faire de l'Arboretum Morgan un site de premier choix pour tous ceux qui aiment les arbres et la nature en général. Nous verrons également à améliorer nos services informatiques, ce qui devrait faciliter la communication avec les membres. Cet été, nous prévoyons installer les appareils de surveillance de l'environnement forestier grâce auxquels nous ferons partie du réseau ECONET de l'Université McGill, qui comprend également la station du mont Saint-Hilaire. Ce ne sont donc pas les idées et les projets qui manquent! Voilà pourquoi j'entrevois cette prochaine année avec optimisme et confiance, et j'espère sincèrement que nous aurons l'occasion de collaborer tous ensemble à la réalisation de la mission académique et récréative de l'Arboretum. Bon printemps à tous! Le directeur de l'Arboretum, Benoît Côté
Espaces verts : une peau de chagrin qui menace la biodiversité de l'Arboretum Traduit par Anne-Marie Pilon par Ryan Young Les gens qui fréquentent l'Arboretum apprécient ce bel espace vert du West Island. Ceux qui vivent à proximité vous diront qu'ils se sentent à la campagne bien que la ville soit tout près, chose de plus en plus rare dans nos milieux industriels et urbains. J'ai à peine une trentaine d'années et j'ai été témoin de la disparition rapide des boisés et autres habitats naturels dans les zones limitrophes de l'Arboretum. Au milieu des années 1980, je me rappelle avoir vu un râle de Virginie au cours d'une excursion ornithologique dans les marais de l'île Perrot où se trouve aujourd'hui le boulevard des concessionnaires de voitures. Je me souviens également d'avoir observé, quand j'avais 14 ans, un groupe de merles bleus de l'Est en migration, là où se dresse maintenant un lotissement de maisons neuves, au nord de Ste-Anne. Il ne reste plus grand-chose de ces cadres naturels. Adressez-vous à quelqu'un qui a deux fois mon âge et vous réaliserez l'étendue des pertes en boisés et en terres cultivables. Nos espaces verts rétrécissent comme peau de chagrin. Si nous n'agissons pas immédiatement, les zones vertes du West Island ne seront plus sous peu que de pâles souvenirs. Entre 1986 et 1994, presque la moitié des terres forestières de l'île de Montréal a été transformée en zones industrielles ou résidentielles. Depuis, 567 autres hectares ont été perdus. Beaucoup de gens croient à tort que tous les boisés se trouvant à l'intérieur du périmètre de l'Arboretum sont protégés. En effet, bon nombre de zones forestières entourant l'Arboretum appartiennent à des propriétaires privés et risque d'être " développées ". L'un de ces boisés à maturité, en bordure sud-ouest de l'Arboretum, appartient à Domtar. Il avoisine leur ancien laboratoire de recherche et développement qu'on voit de la transcanadienne, juste avant le pont de l'île aux Tourtes. Selon les bruits qui courent, il serait question de développement… L'abondance de la faune et la biodiversité de l'Arboretum s'expliquent surtout par la présence des corridors de verdure qui le relient à d'autres grands espaces naturels, comme le parc du Cap-St-Jacques et les boisés de l'Anse-à-l'Orme. La population de cerfs de Virginie qui profite de l'Arboretum dépend aussi de ces espaces verts. Comme bien d'autres espèces animales, le cerf doit pouvoir circuler librement sur de grandes superficies pour avoir accès à diverses ressources alimentaires (fruits, graines, herbe ou eau), qui varient selon les saisons. Il peut avoir besoin d'une source alimentaire particulière pendant quelques semaines, et pas nécessairement tous les ans. Or, lorsque son habitat est fragmenté, un animal se trouve confiné à un fragment de son territoire et risque de manquer de ressources. Pour accéder à un autre endroit de son habitat, il doit s'exposer aux prédateurs et risque de se perdre ou d'aboutir là où il ne trouvera ni à manger ni à boire. Les biologistes en protection de la nature mesurent la surface d'habitat approprié nécessaire à la survie d'une population minimale viable d'une espèce donnée. Par exemple, la buse à épaulettes exige de 10 à 100 hectares de boisés. Le grand et le petit polatouches (écureuils volants) ne survivent pas dans des boisés isolés. Plus les zones de verdure avoisinant l'Arboretum se fragmentent, plus sa biodiversité et ses autres rôles écologiques risquent de se détériorer. La Coalition verte se compose de plusieurs petits groupes communautaires et environnementalistes de l'île de Montréal qui unissent leurs voix avec vigueur pour promouvoir la protection des derniers espaces verts de Montréal. Elle fait pression sur l'administration municipale pour que celle-ci agisse sans tarder et protège les espaces verts qui restent et dont la plupart se trouvent dans l'ouest de l'île. Comme toujours, la Ville se contente de faire des promesses. Jusqu'à présent, rien de concret n'a été fait et aucune somme n'a été prévue pour l'achat de ces espaces verts. Par contre, elle a avancé diverses propositions pour prolonger les rues, boulevards et autoroutes à travers certains des parcs-nature existants, comme le Bois-de-Liesse et l'Anse-à-l'Orme. Ne croyez pas que la création d'un parc-nature implique automatiquement la protection perpétuelle de cet espace. En fait, même les parcs provinciaux et nationaux n'échappent pas à la fragmentation qui résulte de la multiplication des réseaux et des prolongements de routes. Ces parcs étant considérablement plus vastes, leur faune peut s'adapter relativement mieux aux changements. Les parcs-nature de Montréal, eux, sont bien souvent trop restreints et devraient être agrandis autant que possible. Prenons le parc de l'Anse-à-l'Orme : il est entouré de boisés, de marais et de marécages que la Ville pourrait facilement acheter pour les intégrer au parc. Nous devons agir sans délai pour que les populations animales survivent et que leur habitat soit suffisamment bien pourvu pour contrer les invasions d'espèces exotiques. L'automne dernier, le quotidien National Post a mené une enquête pancanadienne pour désigner les villes les plus " saines " du Canada. Selon les critères qualité de l'air, transports en commun, réglementation sur les pesticides, superficie d'espaces verts, taux de criminalité et lois protégeant la santé, Montréal s'est classée avant-dernière de 14 villes. Ottawa et Toronto se sont classées troisième et quatrième, respectivement. Les chiffres les plus frappants concernent le rapport entre la population d'une ville et sa superficie d'espaces verts : Montréal arrive au dernier rang avec seulement 1,92 hectare d'espaces verts par 1000 habitants, tandis que Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) est en tête avec 12,9 hectares par 1000 habitants. Comment Montréal peut-elle se qualifier de ville de calibre international alors qu'elle ne réussit pas à réserver plus de 3 % de son territoire aux espaces verts? Avec des ressources limitées, un petit groupe mène la lutte pour protéger les espaces verts du West Island. Ils ont besoin d'aide. Il est impératif que les citoyens vivant en bordure de ces espaces verts en péril se fassent entendre. Depuis les années 1970, des gens comme David Fletcher et Sylvia Oljemark, de la Coalition verte, se démènent pour protéger les espaces verts du West Island. Ils comptent plusieurs victoires à leur actif, notamment la création du parc de l'Anse-à-l'Orme, mais ils ont aussi essuyé de nombreux revers. Nous devons tout faire pour que le temps des revers soit révolu. La situation est telle que toute nouvelle perte d'espace vert sera catastrophique pour la faune de l'île ainsi que sa flore végétale et ses arbres. Au bout du compte, notre qualité de vie en pâtira. Si vous voulez aider la Coalition verte ou avoir des précisions sur les enjeux mentionnés ci-dessus, appelez David Fletcher au (514) 683-7864 ou communiquez avec moi par téléphone au (514) 457-9590 ou par courriel à ryan.young@johnabbott.qc.ca Ryan Young habite Ste-Anne-de-Bellevue depuis 25 ans. Il est enseignant au CÉGEP John Abbott au programme de production cinématographique et télévisuelle. Il termine une maîtrise en études environnementales à l'Université York et fait présentement campagne comme candidat du Parti Vert dans la circonscription de Jacques-Cartier.
Traduit par Anne-Marie-Pilon par Mona Wizenberg Depuis plus de 30 ans que je fréquente l'Arboretum, cet endroit est pratiquement devenu ma résidence secondaire! Bien avant que je devienne membre adulte (il y a plus de 20 ans), et que j'y vienne avec mes trois enfants et mes chiens, mon beau-père, ancien étudiant de l'Université McGill, nous y emmenait, ma mère et moi, chaque année au temps des sucres. Nous passions un après-midi de printemps ensoleillé et frais à marcher dans la forêt, à nous régaler de la vue et des chants d'une grande variété d'oiseaux. À travers les branches des pins, des cèdres, des chênes et des érables, nous apercevions notamment mésanges (mes favorites), sittelles, pics, roitelets, cardinaux, chardonnerets, tarins des pins, geais bleus, jaseurs des cèdres et jaseurs boréaux. Ce que nous aimions le plus, c'était de déguster la tire fraîche que Bob Watson (maintenant son fils John) préparait avec soin. Il la versait très chaude sur les plateaux de neige et nous la roulions sur des bâtonnets de bois. Je me rappelle l'énorme bouleau qui trônait, majestueux, devant la cabane à sucre et qui, des années plus tard, devait devenir le perchoir favori de mes enfants. Malheureusement, il a dû être abattu. Ces souvenirs sont à jamais gravés dans ma mémoire. À ma connaissance, je n'ai jamais manqué cette fête de la tire, cette tire qui me semble avoir meilleur goût d'année en année. Mmm! Si vous avez la dent sucrée, vous serez d'accord avec moi! L'Arboretum a un effet magique sur les gens, je l'ai constaté de ma propre expérience! Il m'a ouvert les yeux aux merveilles de la nature qui nous entoure et qu'il faut apprécier, partager, protéger et préserver. Je suis fière de dire que chaque fois que je le peux, je parle de l'Arboretum aux gens. J'en ai convaincu plusieurs à se joindre à notre grande famille. Étant conseillère en soins spéciaux, j'" utilise " l'Arboretum pour atteindre certains des enfants avec lesquels je travaille. Ce sont parfois de petits êtres perdus dans leur monde de colère, de solitude, de douleur et de tristesse. Lorsque, pour la première fois, ils voient une mésange s'envoler d'une branche de pin et venir se poser gracieusement sur leur main tendue, leur visage s'éclaire d'un seul coup! Vous devriez voir l'excitation, le plaisir et le bonheur qui les illumine alors, c'est si rare... Ils découvrent l'émerveillement et la confiance. C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris le décès de Lucien Cornez. J'ai eu le bonheur d'avoir de nombreuses conversations intéressantes et amusantes avec lui et j'appréciais ses commentaires sur mes sculptures d'oiseaux. C'était un homme charmant et sa présence à l'Arboretum me manque. Par sa chaleur, il a touché la vie de nombreuses personnes. Je prie pour sa famille. Pour moi, l'Arboretum est non seulement un endroit d'isolement et de recueillement, mais aussi un lieu d'inspiration. C'est là que me sont venues mes premières idées de sculptures d'oiseaux en 1984. L'Arboretum a inspiré beaucoup d'artistes, comme nous avons pu le constater aux Arbo Expo. Vous savez que la mésange à tête noire est mon oiseau préféré - désolée pour les autres! J'ai eu le coup de foudre pour ces petits oiseaux enjoués et peu farouches dès ma première " rencontre ". Un jour, ils sont venus picorer dans ma main, voleter autour de moi lorsque j'étais assise sur une souche et ils m'ont suivie lorsque je faisais du ski de fond et se sont posés sur mes bâtons. Dès lors, ma passion a été de les recréer et de les immortaliser pour le plaisir des autres. Je me suis mise à sculpter des oiseaux grandeur nature et en miniature. Depuis, ce passe-temps me procure d'innombrables heures de plaisir. Je dois aussi vous dire que depuis août dernier, les mésanges viennent picorer dans ma main, chez moi dans mon jardin. L'une d'entre elles se laisse même caresser; cela a pris du temps, mais cela en valait la peine. L'Arboretum constitue pour bon nombre d'entre nous un endroit rêvé pour promener son chien. Notre premier chien était un terrier qui s'appelait Skipper. Pendant 12 ans, nous avons parcouru ensemble les sentiers forestiers. En automne, il adorait jouer dans les feuilles mortes et les pourchasser lorsqu'elles s'envolaient au vent. Il nous a quittés en 1986. Après Skipper, il y a eu Licorice, un " gros " caniche miniature. Nous l'avons accueillie, mignon petit toutou noir de sept semaines. Nous avons passé beaucoup de bonnes années ensemble. Elle est venue à l'Arboretum pendant 14 ans et demi; mes enfants et moi avons passé des heures à jouer à cache-cache avec elle dans les hautes herbes du champ Barney, juste avant le champ Pullins. C'était son endroit favori! L'hiver, elle adorait creuser des tunnels dans la neige pendant que je donnais à manger aux oiseaux. Le 13 janvier 2002, nous avons fait une dernière promenade ensemble près de la butte des mésanges, au sud du chalet. Quelques heures, plus tard, elle rejoignait Skipper. " Hier est le passé, demain est un mystère, mais aujourd'hui est un cadeau - c'est pourquoi on l'appelle le présent. " |
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