Extraits du Journal - Automne 2004




Nouveaux visages à l’Arboretum

Voici quelques personnes que vous avez peut-être vues au cours de vos visites à l’Arboretum cet été. Par exemple, les êtres fantomatiques recouverts de filet anti-moustiques que vous avez aperçus en train de capturer des petites créatures dans les mares et trous d’eau sont des membres de diverses équipes de recherche au Département des Sciences des ressources naturelles. Vous pourriez également avoir vu Leslie Ann Laduke, qui travaille sur le campus depuis 20 ans et qui joue maintenant un rôle important au bureau de l’Arboretum. Nous leur avons demandé de nous donner leurs impressions, de nous faire part de leurs découvertes, et de nous décrire ce qui rend l’Arboretum particulier à leurs yeux.

Leslie Ann Laduke - Administratrice des finances - Chalet des Pins

« Mon travail à l’Arboretum Morgan est intéressant à plusieurs égards : c’est un endroit qui bourdonne d’activités, les tâches et les responsabilités y sont très diversifiées, et on y travaille avec les membres et les visiteurs. De plus, le cadre de travail est un magnifique écrin de verdure!

J’aime bien rencontrer les membres et les visiteurs qui viennent au Chalet des Pins pour bavarder, décrire leurs observations ou poser des questions. Et quelle joie lorsque leur chien les accompagne! Les membres prennent grand soin de l’Aboretum, qu’ils considèrent comme leur petit coin de paradis. Je trouve ce travail très stimulant et agréable grâce à la diversité des traits de caractère des personnes que je rencontre. Tout cela me donne un grand sentiment d’appartenance. Les visiteurs sont toujours très impressionnés par « nos petits boisés » et repartent rafraîchis et revigorés. Il est très agréable d’être entourés d’arbres, de Nature. Par exemple, cet après-midi, nous avons vu un chevreuil bondir dans le chemin principal, et nous avons senti l’odeur tenace d’une moufette qui s’affairait non loin du Chalet. De plus, il y a quelques jours, une araignée géante avait élu domicile au Chalet!

Je me considère privilégiée de travailler ici et j’espère que, par mon travail au sein de cette équipe, les membres et les visiteurs pourront eux aussi apprécier l’Arboretum Morgan. »

Christopher Cloutier - Technicien en entomologie et en herpétologie

« Les forêts de l’Arboretum recèlent de nombreux êtres vivants qui sont magnifiques et intéressants, sauf bien sûr les mouches noires et les maringouins! Plusieurs espèces végétales et animales sont spécifiques de l’Arboretum, ce qui en fait un endroit formidable pour observer la nature sans quitter l’île de Montréal. »

Tania Motchula - Étudiante à la maîtrise en entomologie
Sujet : Maladie de l’écorce du hêtre

« Mes meilleurs moments à l’Arboretum : la récolte d’insectes avec Chris et les autres. En aspirant dans le tube de prélèvement, j’ai failli avaler un spécimen lorsque le coton fromage de protection est tombé! »

Briana Schroeder - Technicienne en foresterie

« J’ai bien aimé fouiller dans les eaux troubles à la recherche de salamandres, de grenouilles et d’escargots. »

Alida Mercado Cárdenas -Étudiante à la maîtrise en entomologie et gardienne le vendredi

« Lorsque je travaille ici, les gens me demandent souvent ce qu’il y a a à faire à l’Arboretum? Je leur réponds : marcher et apprécier la nature, écouter les oiseaux, les insectes et les grenouilles, admirer la croissance des plantes et leurs coloris changeants... Je suis heureuse que des personnes connaissent l’Arboretum et l’apprécient. J’aime beaucoup mon projet de recherche et mon travail à l’Arboretum. »

Annie Hibbert -Étudiante au premier cycle en Conservation de la faune

« Je travaille actuellement à un projet de recherche de premier cycle qui consiste à étudier la capacité de colonisation des araignées dans des écosystèmes agricoles et dans des forêts matures. Mon projet exige de nombreuses heures d’observation à l’Arboretum. Voici mes découvertes les plus fascinantes : une gigantesque libellule mâchouillant une tipule aussi grosse qu’elle; une guêpe Ichneumide en vol, avec l’ovipositeur entièrement déployé (au moins 15 cm); et une magnifique araignée sauteuse qui avait la tête bleu pâle et l’abdomen iridescent. »

Rebecca Zeran - Assistante de recherche - Projet : Biodiversité des moustiques dans les étangs temporaires du printemps à l’Arboretum Morgan

« J’apprécie particulièrement la portion du sentier jaune qui passe parmi les pins rouges aux racines affleurantes - on se croirait dans la forêt de Sherwood! J’aime bien aussi les peuplements dominés par les pruches, où le relief est fait de creux et de monticules et où il y a des buttes recouvertes de mousse. De plus, j’adore marcher (prudemment) le long de la mare de la carrière, en regardant fuir les têtards. »


Le Roi de la Fôret

par Diana Beresford-Kroeger

Suite à la conférence donnée par Diana Beresford-Kroeger à Ste-Anne-de-Bellevue le printemps dernier, j’ai reçu un courriel d’une Amie qui, inspirée par l’auteure, me disait comment elle appréciait encore davantage la plantation de noyers noirs de l’Arboretum. Voici pourquoi.

Les arbres de la famille des noyers règnent sur la forêt depuis des millénaires grâce à leur génétique extraordinaire. Tous les aspects de ces arbres sont fascinants. L’Amérique du Nord, qui les a vus s’implanter sur son sol, est maintenant le témoin muet de leur disparition. L’ennemi qui menace les noyers est l’ignorance profonde de leur présence parmi nous. L’ignorance est un fléau qui a traversé les âges.

Le noyer appartient à la grande famille des Juglandacées. Les principaux représentants de cette famille au Canada sont le noyer noir (Juglans nigra) et le noyer cendré (Juglans cinerea), qui est sérieusement menacé d’extinction. Les autres membres de ce groupe comprennent les caryers : le caryer ovale (Carya ovata), le caryer lacinié (Carya laciniosa) et le caryer cordiforme (Carya cordiformis), qui est le plus connu. D’autres essences moins connues sont essentielles à l’ensemble de la famille car elles détiennent un bagage génétique qui n’a pas encore été exprimé.

Les noyers ont marqué l’histoire ancienne de l’Amérique du Nord. Ils ont souvent sauvé les humains de la famine. Ces arbres appartenaient aux peuplades autochtones, peu importe l’endroit où ils poussaient. Une telle philosophie a été essentielle à la survie sur un continent sujet à d’importantes variations de climat.

Dans la vie de tous les jours, le besoin de conserver les noix pendant l’hiver et même plus longtemps a entraîné la mise au point d’un type d’architecture particulier, d’une fibre insoluble dans l’eau aux propriétés extraordinaires, d’un procédé d’extraction, d’une méthode spécifique d’emballage et d’une pratique culturale inédite : en somme, le génie dans la simplicité. De ces créations est née la métropole Cahokia, une cité autochtone sise sur le fleuve Mississippi, qui comptait une population aussi importante que Londres (Angleterre) au Moyen-Âge. Ce peuple a construit les formations en mottes de terre, Monk's Mound, qui, même de nos jours, sont plus imposantes que les pyramides d’Égypte.

Nous devons nous compter chanceux que la famille du noyer ait conservé sa valeur dans notre monde moderne. La valeur du noyer noir dépasse largement celle de tout fonds commun de placement des grandes bourses nord-américaines. Le tronc rectiligne d’un seul arbre peut être vendu aux enchères pour le placage, et son prix peut atteindre 60 000 dollars l’unité. Mais couper un arbre équivaut à tuer la poule aux œufs d’or.

À poids égal, la valeur nutritive d’une noix équivaut à celle d’un steak. Les acides gras essentiels y sont présents en proportions idéales pour le cerveau des jeunes enfants et aussi des personnes âgées. Ces acides gras de grande qualité exercent un effet cardioprotecteur et sont essentiels au fonctionnement des cellules. Les noix possèdent des acides gras relativement rares chez les autres espèces végétales. Ces substances se trouvent chez certains poissons marins sauvages comme la morue et le saumon.

La noix du noyer noir est très particulière. Ses protéines sont très stables et, contrairement aux autres, son goût ne s’altère pas à la transformation. Grâce à ces caractéristiques, la noix du noyer noir est la plus recherchée dans le marché. Mais il y a un hic : la nature ne suffit pas à la demande, qui croît sans cesse.

La même situation existe pour les principales essences de caryer productrices de noix, le caryer ovale et le caryer lacinié. Ce sont nos équivalents nordiques des pacanes, plus petites mais tout aussi sucrées. Les Anciens extrayaient de ces noix un délicieux lait qu’ils apprêtaient avec le gibier. Ce liquide, qui ressemblait à du tofu crémeux, était également fermenté pour produire une boisson alcoolisée très appréciée à l’époque.

Tous les noyers peuvent être cultivés selon une méthode culturale à deux récoltes, qui double les profits de toute exploitation agricole. Ces arbres, qui servaient jadis en Amérique du Nord, peuvent encore être utiles.

La curiosité des noyers est leur capacité de synthétiser l’acide ellagique. Ce produit chimique agit comme un filtre et peut éliminer de l’air ambiant les éléments les plus toxiques de la combustion de combustibles fossiles. Il transforme ces produits toxiques en molécules relativement inoffensives. Cela justifie leur importance dans nos forêts urbaines, surtout près des garderies et des écoles. Enfin, les noyers offrent un autre trésor susceptible d’intéresser le milieu médical. Le complexe d’acide ellagique diffusé naturellement dans l’air par des poils microscopiques situés sur l’épiderme des feuilles protégerait du cancer du sein. J’émets l’hypothèse que d’autres tissus glandulaires ayant des propriétés intéressantes pourraient se trouver à l’intérieur de la feuille ainsi qu’à la surface des brous de la noix. Car, voyez-vous, il y a encore tellement à apprendre…

Diana Beresford-Kroeger est botaniste et chercheure en médecine et en agronomie. Elle se définit comme «scientifique renégat» dans les domaines de la botanique classique, la biochimie médicale, la chimie organique et la chimie atomique. Elle est l’auteur de Arboretum America et A Garden for Life - University of Michigan Press. Ces ouvrages sont présentement en vente chez Wildlifers à Baie d’Urfé


Les multiples plaisirs de l’automne

par John Watson

L’été avance à grand pas et bientôt, nous goûterons aux premières fraîcheurs de l’automne. Pour le moment, vous appréciez la beauté et l’abondance des floraisons de votre jardin tout en tenant en échec les mauvaises herbes ou autres plantes que vous considérez comme superflues. Vous pouvez aussi vous adonner à d’autres activités horticoles qui sont non seulement stimulantes, mais qui sont également très gratifiantes.

Comme les arbres et les arbustes coûtent cher, vous pouvez en produire vous-mêmes! Commençons par les arbustes décidus à fleurs que vous pouvez faire reproduire par bouturage. Ainsi, vous pouvez facilement multiplier vos hortensias ou vos forsythias préférées à un coût minime. Dès que les températures du soir commencent à fraîchir, les plantes se préparent à entrer en période de dormance pour l’hiver. Entre le 15 août et le 1 er septembre, c’est généralement le temps idéal pour ce genre de bouturage. Pour vous assurer que le temps est propice, pliez un brin: il doit casser net.

À l’aide d’un couteau bien affûté (et stérile, bien sûr!), prélevez quelques boutures. La bouture est le segment de 15 cm à l’extrémité des branches. Gardez-les humides en les enveloppant de papier journal mouillé. Parez la bouture pour la plantation en retirant les feuilles inférieures, pour n’en laisser que 5 ou 6 à l’extrémité supérieure. Faites une coupe nette à la base, légèrement à angle, et pratiquez une ou deux incisions en longueur, à la base de la tige. Puis, trempez la bouture dans l’hormone n o 2 que vous achetez dans la plupart des centres de jardinage. Éliminez l’excès d’hormone avant de déposer la bouture dans le terreau.

Mon terreau préféré se compose de sable et de perlite à parts égales. Si vous reproduisez seulement quelques plants, vous pouvez fabriquer une serre avec des sacs de plastique. Il vous suffit de placer le sac sur le plateau de semis et de sceller. Placez les boutures dans un recoin ombré de votre jardin et arrosez-les d’une fine bruine aussi souvent que possible.

Par contre, si vous voyez plus grand et souhaitez faire concurrence à la pépinière de votre voisinage, vous devrez bricoler un peu plus! Construisez un cadre en 2 x 4 et en contreplaqué. Couvrez le fond de 20 à 25 cm du mélange sable et perlite. Installez un tuyau avec des buses à intervalles de 45 cm au-dessus du cadre. Reliez le tuyau à un interrupteur à solénoïde, relié à la source d’eau. Programmez une minuterie pour que vos boutures reçoivent une bruine d’eau toutes les 20 minutes pendant 10 à 15 secondes. Recouvrez le cadre d’une toile transparente. Patientez 4 à 6 semaines et vous verrez des plants portant racines, identiques à la plante mère. Lorsque les racines sont bien formées, transférez les boutures dans une couche à semis et mettez la protection requise pour l’hiver. C’est simple, amusant et vraiment pas cher!

Maintenant, je vous parle de la récolte des graines. Lorsque l’été s’achève, nous pouvons facilement propager bon nombre d’arbres décidus par leurs graines. Lorsque vous ramassez les graines, assurez-vous qu’elles sont mûres. Vous le verrez à leur couleur ou au fait que certaines sont tombées sur le sol. Parfois, les rongeurs (les écureuils, par exemple) seront plus rapides que vous. Mais, vous pouvez ramasser les graines pas tout à fait mûres et les faire mûrir pendant quelque temps au soleil. Mon père avait l’habitude de s’asseoir dans la plantation de noyers et de surveiller les allées et venues des écureuils, qui finissaient par le mener à une cache de noix juste à point!

Lorsque les graines sont prêtes à semer, préparez une couche à semis contenant 25 à 30 cm de sable. Après une légère gelée, plantez les graines en rangées bien identifiées. Si vous les plantez trop tôt et s’il y a de la pluie suivie d’un regain de chaleur, les graines risquent de pourrir. Les graines de noyer doivent être placées à une profondeur de 10 à 15 cm, tandis que les plus petites le seront à 5 à 10 cm de profondeur. N’oubliez surtout pas que les écureuils sont toujours à la recherche de nourriture et... d’une revanche sur vous : vous devrez donc recouvrir la couche d’un maillage métallique bien assujetti. Entre la fin mai et la mi-juin, vous pourrez transplanter les petites pousses dans un terreau fertilisé et ainsi contribuer à restaurer nos forêts!

Je vous souhaite un superbe automne de jardinage sur votre propriété...et laissez la Nature s’occuper d’elle-même à l’Arboretum!

John Watson est le directeur des opérations forestières à l’Arboretum

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