Extraits du Journal - Automne 2003






Hêtres malades

par Tania Motchula et Christopher M. Buddle
Department of Natural Resource Sciences

Le hêtre est un arbre bien connu des visiteurs de l'Arboretum Morgan. Son tronc particulier, gris et lisse, est facile à reconnaître car il rappelle une patte d'éléphant. On trouve une plantation de hêtres à 10 minutes de marche du stationnement. Toutefois, leur existence est menacée par la maladie corticale du hêtre. Comme son nom l'indique, cette maladie touche l'écorce d'une seule essence d'arbre, le hêtre. Elle est causée par l'action combinée deux organismes, une cochenille (Cryptococcus fagisuga) et au moins une de deux espèces de champignons étroitement apparentées (Nectria coccinea var. faginata ou N. galligena).

La cochenille et les champignons sont dispersés par le vent et d'autres organismes. La cochenille, espèce invasive observée en Nouvelle-Écosse dès 1890, s'est propagée vers l'ouest. On la retrouve aujourd'hui dans les Maritimes, en Ontario et au Québec, ainsi que dans les états du nord-est des États-Unis. Bien qu'elle ne soit pas la cause directe de la maladie corticale du hêtre, elle en est l'élément déclencheur. Lorsque la cochenille se pose sur un hêtre, elle perce l'écorce pour s'alimenter. Ces minuscules trous permettent aux champignons de pénétrer dans la matière ligneuse et de se propager dans toutes les parties de l'arbre, qui devient vulnérable à plusieurs autres pathogènes. L'arbre s'affaiblit peu à peu et meurt. Les plus grands arbres sont particulièrement touchés par cette maladie parce que leur écorce comporte beaucoup de recoins, qui offrent protection à la cochenille et aux champignons.

La maladie comporte trois phases. D'abord, les cochenilles font leur apparition dans une région; pendant qu'elles se multiplient, on observe peu de mortalité chez les arbres. Ensuite, lorsque les populations de cochenilles deviennent plus importantes, les champignons envahissent les arbres, qui en meurent. Puis, c'est la phase de repousse, caractérisée par la mort de la plupart des grands hêtres, tandis qu'on observe des peuplements de plus petits arbres.
Un œil averti peut facilement déceler la maladie corticale du hêtre. Une seule cochenille est difficile à voir à cause de sa petite taille, mais une population de ces insectes est plus évidente. Chaque insecte sécrétant une substance cireuse blanche, la présence d'une importante population de cochenilles se trahit par des petits points blancs sur l'écorce (photo 1). Les champignons ont l'apparence de grappes de petites boules rouges (photos 2 et 3). Les arbres les plus touchés portent des chancres et commencent à dépérir : les feuilles jaunissent et de nombreux autres champignons peuvent les infester.

La maladie corticale du hêtre est désormais bien installée à l'Arboretum Morgan. Un examen attentif des arbres révèle que l'infection atteint la plupart des hêtres et que certaines sections de la forêt en seraient à la deuxième phase de la maladie. La situation est préoccupante, car il existe peu d'options pour freiner la propagation de cette maladie et il est pratiquement impossible de traiter les arbres lésés. De plus, certains des prédateurs de la cochenille la propagent d'un arbre à l'autre.

La maladie est aujourd'hui trop étendue pour que la seule coupe des arbres touchés suffise, comme c'était le cas avant . Notre espoir réside dans la résistance naturelle d'une faible proportion de hêtres. De plus, l'éducation pourrait contribuer à freiner la propagation de la maladie : il faut éviter le transfert fortuit de l'insecte vers une zone non touchée. Espérons que, grâce à la recherche, nous pourrons un jour mieux comprendre comment traiter cette maladie, en ralentir la propagation et restaurer la présence de ces magnifiques arbres dans nos forêts.

Tania Motchula est étudiante, elle entreprendra bientôt une maîtrise sur la maladie corticale du hêtre. Christopher M. Buddle a nouvellement été reçu comme professeur d'écologie des insectes forestiers au département des sciences des ressources naturelles.




 


La saulaie de l'Arbo

Bonjour, je m'appelle Kim Vergil. Je suis membre de l'Arboretum depuis longtemps et j'aime le visiter à tous les moments l'année. Il y a environ neuf ans, j'ai suivi un atelier de fabrication de meubles rustiques. Ce cours a littéralement changé ma vie. Depuis, j'ai tenu à parfaire cet art en suivant des cours dans plusieurs pays, notamment en Angleterre et aux États-Unis. Dès le début, j'ai aidé des gens à créer leurs propres projets à partir de branchages et de rameaux. Pendant l'une de vos promenades à l'Arboretum, vous avez peut-être vu des groupes d'étudiants fébriles en train de fabriquer des objets à l'aide de branches. Vous avez aussi sans doute remarqué les structures que j'ai offertes à l'Arboretum, notamment l'arche dans le Coin fleuri et la chaise vivante, qui donne sur le champ.

Lorsque j'ai commencé à m'adonner à cette activité, le campus Macdonald effectuait des recherches sur les saules. Je disposais ainsi d'un approvisionnement constant de matière première. Mais quand la subvention a été terminée, les saules ont été coupés : j'en ai été bouleversée. J'ai alors dû établir de nouveaux contacts, ce qui m'a donné l'occasion d'en apprendre encore davantage sur cet arbre merveilleux. Au début, je ne connaissais que le saule discolore (familièrement appelé le saule à chatons), qui est parfait pour la fabrication de structures végétales, et le saule pleureur, qui ne l'est pas. Le saule est un sujet de recherche inépuisable et une ressource naturelle qui me fascine toujours autant.

Le saule (genre Salix), qu'on trouve partout dans le monde, est l'une des plantes à fleurs les plus anciennes, datant de l'ère pré-glaciaire. Il existe plusieurs centaines d'espèces de saules, qui se sont croisées et ont ainsi formé un nombre considérable de types. Chaque saule possède ses propres caractéristiques - couleur, dimensions, résistance des branches, forme des feuilles et vulnérabilité aux maladies et aux insectes - et les combinaisons varient à l'infini.

Je connais un grand nombre d'anecdotes au sujet des saules. Par exemple, les Tziganes demandaient la permission à un fermier de séjourner sur ses terres en échange de meubles qu'ils fabriquaient à partir de branchages; c'est ainsi que de nombreux fermiers ont meublé leur véranda. Par ailleurs, une ville de Suède a pu fermer sa centrale nucléaire parce que les fermiers ont fait pousser des saules arbustifs - une biomasse renouvelable. Les saules sont taillés en bosquets arbustifs tous les ans, puis les branches sont brûlées et la chaleur générée sert à chauffer l'eau et à faire tourner les turbines de la centrale électrique locale. En Europe, des doubles rangées de saules servent de murs anti-bruit : les pousses forment un mur vivant qui absorbe les bruits de la circulation tout en offrant un coup d'œil agréable. Il suffit simplement d'une taille occasionnelle, comme pour une haie. Michel Labrecque, directeur de la recherche et conservateur du Jardin Botanique de Montréal, a fait quelques essais ici, au Québec, sur la route 116 à St- Bruno et à Boisbriand, au bord du parc près des autoroutes 640 et 15.

Le saule suscite un intérêt grandissant auprès de la population, qui cherche à en apprendre plus sur son identification, sa culture et son utilisation pour la fabrication de structures vivantes. J'ai fait des démarches à l'Arboretum, à l'université McGill et au Jardin botanique de Montréal en vue de commencer une plantation à petite échelle, à l'Arboretum Morgan, pour mes étudiants. Le directeur académique, Benoît Côté, a apporté un important soutien à l'aspect pédagogique du projet, l'Arboretum m'a généreusement fourni un emplacement et le Jardin botanique m'a offert des boutures d'une grande variété de saules. Le printemps dernier, quelques-uns de mes étudiants, mon mari et moi avons planté les premiers saules à l'entrée du sentier de marche rouge. Vous avez peut-être remarqué des tuteurs et des cordes à cet endroit.

Dès que le sol est dégelé, au printemps, c'est le moment idéal pour planter les saules. Il faut préparer des tiges fraîches de 45 cm de longueur et de 5 à 20 mm de diamètre, les tailler en diagonale à la base, puis les enfoncer dans le sol en respectant un certain espacement. Le haut est coupé à angle pour favoriser l'écoulement de l'eau et empêcher le pourrissement.

Les pluies printanières sont très favorables au développement des racines des jeunes pousses, qui peuvent ainsi survivre aux sécheresses de l'été et au premier hiver. La première année, on observe une croissance de 30 à 60 cm. Le printemps suivant (ce qui, dans le cas de notre plantation, correspond à 2004), fin mars ou début avril, les pousses sont recépées, c'est-à-dire, coupées au ras du sol. Avec les pluies du printemps, on observe alors de nombreuses repousses, qui devraient croître de un à deux mètres d'ici l'automne. Lorsqu'on coupe un saule, il y a 10 nouvelles pousses; si on en coupe huit l'année suivante, on en verra 30 autres. Vous voyez? On obtient très rapidement une petite plantation! Tous les 3 ou 4 ans, il faut recéper le saule pour favoriser la pousse de nombreuses tiges droites et longues, idéales pour les structures vivantes comme les chaises, les clôtures et les tunnels, ainsi que pour la fabrication des meubles rustiques.

Si vous m'apercevez dans la saulaie, n'hésitez pas à venir me poser vos questions. Si je ne peux pas y répondre tout de suite, je connais des personnes qui sauront le faire. Aussi, prenez connaissance de ma série de cours qui auront lieu à l'Arboretum ce printemps et venez constater la beauté de cette ressource. Pour visiter mon site Web, rendez-vous au www.kimcreations.net

Faites-moi connaître vos anecdotes au sujet des saules. Vous pouvez me joindre par courriel à okvergil@videotron.ca ou par téléphone au (514) 457-7081.




 

Des antennes à l'Arboretum!

" À quoi servent ces antennes? " avez-vous dit en apercevant ces structures à l'Arboretum. Eh bien, elles servent à surveiller les tamias en hibernation. Mais tout d'abord, permettez-moi de me présenter.

Je m'appelle Murray Humphries et je suis un nouveau professeur au département des Sciences des ressources naturelles au campus Macdonald de l'Université McGill. J'étudie la physiologie et le comportement des mammifères, et tout spécialement l'influence de l'accessibilité des aliments sur leur physiologie et leur comportement.

Le tamia, familièrement connu sous le nom de " petit suisse ", constitue un excellent sujet pour ces études à cause de son adorable habitude de transporter la nourriture dans ses joues jusqu'à son abri. Mes étudiants et moi pouvons ainsi connaître la quantité de nourriture que chaque animal rapporte au terrier, puis observer les changements qui surviennent dans leur comportement et leur physiologie. Nous nous intéressons particulièrement à la léthargie, caractéristique physiologique définie par une baisse de la température corporelle et du métabolisme, présente chez la plupart de mammifères en hibernation. Nous pouvons étudier la léthargie en fixant des émetteurs radio miniatures aux tamias avant qu'ils ne se terrent. Puis, nous analysons les signaux transmis pendant l'hibernation. Comme la fréquence du signal augmente à la chaleur et diminue au froid, nous pouvons déterminer les fluctuations de la température corporelle de chaque individu et, en bout de ligne, l'influence de la quantité de nourriture dans leur abri sur la léthargie.

Les antennes servent à capter les signaux du plus grand nombre possible de tamias en hibernation. Cet hiver, nous " espionnons " ainsi environ 25 tamias; la moitié d'entre eux possède un tas de graines de tournesol dans son terrier et l'autre moitié, non.

Pour savoir comment le tamia 150.068 (!)a passé le début de l'hiver à l'Arboretum Morgan, observez sa température corporelle du 26 octobre au 15 décembre …

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